Confinement : quels impacts ? L’interview du docteur Olivia Imbert-Osmond

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Situation inattendue et subie, le confinement qui s’est étendu du 17 mars au 11 mai 2020 a pu déclencher en nous des réactions variées. Olivia Imbert-Osmond, médecin du SMUT, apporte son éclairage. 

Le confinement a bouleversé nos habitudes. Quelles réactions a-t-il pu provoquer ?

Olivia Imbert-Osmond La survenue brutale du confinement en raison de la pandémie liée au Covid-19 a bousculé profondément nos modes de vie, personnelle et professionnelle. Nous avons  été contraints de mettre en place d’autres organisations, immédiatement et sans préparation préalable, le tout dans un contexte sanitaire inconnu, ne proposant ni référentiel, ni projection claire sur l’avenir. Cette situation nous limite dans nos liens sociaux, nous sépare de nos proches, nous prive de certaines libertés. De plus, elle provoque de la peur, de la colère, de la nervosité, de la tristesse, de l’anxiété… tous ces sentiments sont normaux.

Quels effets sur notre santé mentale ?

O. I.-O. Chacun vit différemment les impacts en fonction de sa situation personnelle et des difficultés traversées durant cette période, mais nous subissons tous, à des degrés variables, les conséquences du confinement : isolement social, ennui, stress… Il est essentiel de rappeler qu'un certain nombre de ressentis, qui pourraient vous sembler inhabituels ou étranges, sont courants lors des situations de crise. Il est par exemple normal de ressentir des émotions particulièrement fortes comme la tristesse, la colère, l’angoisse, la peur… jusqu’à des troubles de l’humeur, des confusions, voire un syndrome de stress post-traumatique durant cette période.
Il n'est pas possible de faire disparaître ces émotions, vous pouvez cependant apprendre à les identifier et ainsi à mieux les gérer pour ne pas vous laisser déborder.

En effet, beaucoup de personnes ont pu ressentir de la peur face à cette situation anxiogène. 

O. I.-O. La peur naît lorsque nous sommes confrontés à un danger immédiat (le coronavirus en est un) et met en branle une série de réactions physiologiques (augmentation du rythme cardiaque, respiratoire, élévation de la glycémie…). Ponctuellement, elle est utile, car elle nous pousse à réagir face à un danger et à nous adapter. Dans le cas de l'épidémie de Covid-19, elle nous force à faire attention à notre hygiène de vie : on se lave plus souvent les mains, on respecte le confinement…
Tant que la peur reste modérée, tout va bien. Mais certaines personnes la ressentent intensément car la pandémie nous oblige à faire face aux trois peurs les plus fortes chez l’être humain : la peur de la mort (le virus tue), la peur de l’avenir pour ses enfants ou ses proches et la peur économique (perdre son emploi). En outre, elle se prolonge dans le temps. Par conséquent, les réactions physiologiques normales peuvent devenir source de pathologies (hypertension, hyperglycémie…) qui, ironie du sort, baissent l’immunité générale et nous rendent plus vulnérables au virus. Mais aussi, lorsque les circuits de la peur sont sur-sollicités dans la durée chez un individu, il y a des risques importants de voir apparaître un trouble anxieux qui se caractérise par un état d’inquiétude permanent, excessif. Cela peut aboutir à d'autres troubles tels un sentiment dépressif, de l’anxiété chronique, de l'irritabilité, du mal être, des troubles du sommeil, voire un syndrome de stress post traumatique pour certains.

Le télétravail reste la norme en cette période de déconfinement. Que conseillez-vous pour nous aider à bien le vivre dans la durée ?

O. I.-O. Il faut commencer par son auto-diagnostic sur le plan personnel. Où en suis-je avec ma peur ? Les symptômes à reconnaître en cas d’anxiété chronique sont : nervosité, pessimisme, sensation d’être à bout, fatigue, difficultés de concentration ou de mémorisation, irritabilité, douleurs et tensions musculaires, insomnies, maux de tête, et même diarrhée, palpitations, maux d’estomac, gorge serrée, hyperventilation et tout un tas d’autres désagréments qui accompagnent cet état psychique. Ces signaux doivent alerter.  Sur le plan professionnel, continuez d’échanger avec vos collègues, suivez l’actualité des consignes, améliorez l'aménagement de votre temps et de votre espace de travail. Consultez la psychologue du travail si vous en ressentez le besoin.

Comment protéger notre entourage ?

O. I.-O. Lorsqu’on est confiné avec son conjoint, ses enfants, les émotions passent en boucle d’un individu à l’autre. Ce huis clos émotionnel peut être très intense et épuisant. On doit donc tous être conscients de notre responsabilité émotionnelle et faire attention à ce que l’on émet (émotionnellement parlant). Au sein des couples, le confinement peut générer des tensions, surtout chez ceux qui d’ordinaire ne se voient qu’à dose homéopathique. Là, il y a clairement une inégalité des chances. On vivra différemment le confinement selon qu’on habite dans une petite surface sans vue ou dans une grande maison avec jardin. Les faits de violences conjugales peuvent être à craindre dans certains cas. Il ne faut pas hésiter à faire appel à des médecins ou des plateformes d’écoute, voire la police, en cas de danger immédiat face à un conjoint violent.

Le SMUT propose des services. Lesquels ?

O. I.-O.  Notre équipe est restée en activité pendant le confinement afin de répondre aux sollicitations des agents, des responsables de service ou des établissements universitaires. Elles concernent des problématiques individuelles ou globales pour des missions, conseils, suivis médico-professionnels habituels, ainsi que de nouvelles problématiques liées au virus et les conséquences sur les conditions de travail. Depuis le 16 mars, nous effectuons des téléconsultations et entretiens téléphoniques. Et nous aussi, nous avons dû adapter notre activité avec de nouvelles missions spécifiques au Covid-19. Nous participons à la vigilance covid et préparons, en fonction de l’évolution sanitaire, le retour sur les postes de travail. Les personnels peuvent solliciter le SMUT smut [at] univ-rennes1.fr (par mail). Nous répondons dans les meilleurs délais. En fonction, nous les orientons vers leur médecin traitant si besoin, la RH ou un autre partenaire psychosocial. Les agents vulnérables peuvent toujours nous solliciter pour, après entretien médical, évaluer l'indication de travail en distanciel dans l'optique de la reprise progressive d'activité. La prise de contact avec la psychologue se fait nathalie.ciutad [at] univ-rennes2.fr (par mail )pour convenir d'un rendez-vous.

Quelques conseils pratiques

  • Se faire aider, accompagner en cas de manifestations d’anxiété importante, d’irritabilité croissante, de troubles du sommeil persistants, d’apparition ou d’aggravation de conduites addictives (alcool, tabac, jeux…) : contacter son médecin traitant, les structures d’aide grand public mises en place, le médecin de prévention, en fonction de vos besoins.
  • Trier l’information, ne se référer qu’à des sources « fiables » et à jour, à des horaires définis et d’une durée raisonnable.
  • Se déconnecter des informations, ne s’autoriser qu’un certain volume horaire dans la journée.
  • Conserver un rythme de vie le plus proche de l’habituel pour poser des repères dans la journée (horaires de lever, de coucher, des repas, temps pour travailler, autres activités...). Élaborer une routine rigoureuse pour la semaine et une autre pour le week-end, garder des repères fixes.
  • Pratiquer une activité physique, en particulier le matin : marcher à l’extérieur, exercices physiques à la maison.
  • Privilégier une alimentation régulière et équilibrée.
  • Lutter contre l’ennui : maintenir, voire renforcer les contacts avec famille, proches, collègues ; trouver des activités « réconfortantes » ; se projeter dans l’avenir avec des objectifs atteignables…
  • Être vigilant sur le temps passé devant l'écran, la fréquence des moments conviviaux avec consommation d’alcool.
  • Si l’on a des enfants, s’en occuper pleinement à certains moments, puis travailler pleinement à d’autres. Ne pas tout mélanger.
  • Préserver son sommeil des impacts de la réduction de l’action, de la situation anxiogène, de la charge de travail familiale augmentée, de la perte des rythmes quotidiens… en suivant les conseils ci-dessus, en s’exposant le matin surtout à la lumière naturelle, en préservant la chambre comme un lieu de détente et de sommeil… Maintenir une bonne qualité de sommeil pour maintenir notre santé mentale et notre état de santé général. Les troubles du sommeil ont un impact sur la vulnérabilité aux infections virales, sur l’état psychique (apparition ou aggravation de troubles anxieux, dépression, conduites addictives), sur nos performances cognitives, nos prises de décision. Il est important d’éviter le passage à la chronicité de ces troubles, initialement réaction adaptée au contexte.
  • Ne pas négliger de « prendre soin de soi », poursuivre son suivi médical habituel s’il y a lieu.
  • Se replonger dans ses valeurs psychiques refuges (musiques, souvenirs heureux, films, photos…) pour générer des émotions positives.
  • Si malgré tout cela, votre anxiété ne baisse pas en intensité et que vous vous sentez démuni face à elle, n’hésitez pas à consulter votre médecin généraliste, vos médecins du SMUT ou un psychologue …

Ressources

Différentes ressources en ligne peuvent être mobilisées :

Covidecoute est une plateforme gratuite dédiée pour téléconsultation avec psychologues, psychiatres, internes en psychologie (tout public). Dans la rubrique “s'aider soi-même” de la plateforme, on trouve de nombreux conseils pratiques.

Informations pratiques
Contact

SMUT
smut [at] univ-rennes1.fr

Psychologue du SMUT
nathalie.ciutad [at] univ-rennes2.fr